Papa n'est plus lui-même ces temps-ci. Toutes les nuits, lui ainsi que ses amis qu'il invite
en cachette, nous l'entendons bricoler dans la cave où nous ne pouvons entrer. Quelque chose se prépare, même les gens au dehors ont l'air craintif et s'enferment rapidement
dans leurs maisons. Les rues sont vides quand nous jetons un oeil au dehors. Même Maman à changé. Elle prit Allah à chaque minute ou à chaque problème qu'elle rencontre. Ses prières
s'intensifient lorsqu'elle sort dans la rue.
Nous avons l'impression que le monde ne va pas bien du tout.
Trois jours plus tard
Papa a descendu la télévision à la cave. La seule excuse qu'il ait pu nous donner c'est qu'il y a trop d'horreurs en ce moment.
Les visites de ses amis se font de plus en plus fréquentes. J'ai peur.
Une semaine plus tard
Quand nous sommes rentrés de l'école, des avions volaient doucement dans le ciel. Notre bus nous déposa à coté de notre maison. La ville avait décidé de
raccompagner les enfants en bus pour plus de sécurité. Notre sécurité? Qu'est-ce qu'il y a de grave à marcher dans la rue? La chaussée nous est interdite?
Pendant dix minutes, des bataillons d'avions filaient dans les airs dans un balai harmonieux s'il on aime le coté militaire. Personne n'avait l'habitude de voir de tels engins depuis lors. La
peur générale provenait-elle de là? De ce vrombissement assourdissant?! Et puis je suis rentré chez moi en expliquant à Maman ce que j'avais vu. Elle me prit dans ses bras et pleura. "Tu as
eu de la chance, ma fille. Tu es en vie!!".Je suis rentrée dans ma chambre, et ... . Mais où est nounours? Je l'ai perdu?!
Je suis sorti par la porte de derrière et j'ai refait le chemin à pied jusqu'à l'endroit où le car m'a déposé. Nounours était bien là.
Mais j'étais tellement entêtée à rechercher nounours que je n'entendais même pas les avions mitrailleurs qui tournaient dans les airs comme des rapaces déchiqueteurs de chair humaine.
Ce n'est qu'au retour que nous prîmes conscience des événements alentours. Des explosions au loin jaillissaient dans un tonnerre qui soulevait la terre et faisait trembler le monde de
terreur.
Les cow-boys arrivaient.
Des gens tombaient dans la rue comme des quilles.
Courant comme jamais dans cette rue jadis familière, aujourd'hui défigurée, nous avions l'impression d'être des cibles. Et d'ailleurs, des jets de petits bouts métalliques ricochaient sur le
bitume et sur la boue de la rue. Elles étaient au ras de nos pieds, prêtes à s'enfoncer dans nos talons. Notre maison à proximité, nous entrâmes avec fracas. A l'abri.
Quelques heures plus tard
Papa et Maman ne sont plus dans la maison. Où sont-ils? Sont-ils tombés comme les gens dehors ou nous jouent-ils un tour ? Nous ne pensons pas que l'heure est à la
plaisanterie.
Les explosions s'empiraient au loin mais les jets de petits bouts de fer avaient cessés.
Que devons nous faire? Seuls?
Tard dans la nuit
Avant que le Soleil ne tombe, nous avons pu voir des grosses boites aux tâches jaunes et vertes. Ils étaient prolongés d'un long tuyau qui projetait ces
terribles explosions. Nous avons de plus en plus peur. Les cow-boys nous ont envahis. Mais pourquoi sont-ils venus?
A l'aube
Nous nous sommes réfugiés dans la cave. Dans la nuit quelqu'un avait fracassé la porte et avait tout sacagé. La maison était sans dessus dessous.
Vers huit heures du matin, nous sommes sorti mais il ne nous fallait pas beaucoup de temps pour voir que Bagdad n'était plus qu'un vaste champ de ruines fumantes.
Ecrit en 2004
Repris en 2008
et depuis là-bas rien a changé et des attentats éclatent de temps en temps. L'Orient est un terrain en friche et la France (enfin yzokraS) veut renvoyer des troupes, c'est
intelligent!
Julien